dimanche 22 août 2010

Le plaisir de manger

On tisse des liens avec notre enfant, chacun à sa manière. Le papa en dormant avec lui. Tous les deux en le portant.

Moi en mangeant avec lui.

Il y a eu ce moment où tout a bouleversé et où j'ai enfin découvert la maman en moi. Ce moment où je me suis dit que je devais être à l'écoute de mon ressenti, de ce qui était important pour moi, où je n'ai plus voulu être l'exécutante de prescriptions ou recommandations extérieures. C'était vers les quatre mois et demi de mon fils. L'infirmière m'avait dit que lorsqu'on se reverrait la prochaine fois, elle me parlerait de la diversification alimentaire - à ne pas commencer avant!

Alors j'ai jugé bon de commencer avant. Juste pour me dire que c'était moi et pas l'infirmière qui prendrais ça en main. Quand je l'ai revue, j'ai fait genre: je dois vous avouer qu'on a déjà essayé de lui donner de la compote de fruits ...

(En fait, pourquoi est-ce que je l'ai revue? Y avait pas mort d'homme.)

Je voulais être une bonne mère désormais et il était hors de question que j'achète le moindre petit pot. Le soir, avec mon mari, on préparait des purées, des compotes que nous congelions. Nous avions des réserves pour plusieurs semaines.

Le moment du repas venu, ou plutôt: le moment de son repas venu - parce qu'on le nourrissait encore à heure fixe - je lui réchauffais une portion. Ben mince, ça n'a pas marché :-(

Purée (c'est le cas de le dire), on a galéré, galéré, galéré ...

Je repensais tout le temps au témoignage d'une maman dans Élever son enfant autrement qui m'avait laissée bouche bée. Je n'en revenais pas: cette maman mâchait la nourriture pour son enfant. Elle ne faisait pas de purées! (J'avais appelé ma maman pour lui raconter ça: "non, mais tu t'imagines?!") Inouï et pas ragoûtant.

Je continuais à galérer et des filles sur un forum me disent alors: Mais pourquoi tu t'obstines à vouloir le diversifier comme ça?

Ce soir là, j'ai décidé que j'avais probablement fait fausse route, et j'ai décidé de ne plus faire de purées. Il faut ajouter qu'à force de cuisiner des purées et d'essayer en vain de les faire avaler à mon fils, je n'avais plus le temps de cuisiner pour moi, et que c'était donc moi qui mangeait purées et compotes. Tout ça, c'est trop dur. Alors pourquoi est-ce que je ne suivrais pas le conseil qu'on me donne et laisserais mon enfant choisir lui-même?

J'ai cuit vite fait bien fait des pâtes, rajouté une sauce tomate. J'ai pris mon bébé sur mes genoux, j'ai fermé les yeux intérieurement sur tout ce qui me faisait peur, et j'ai laissé bébé plonger ses doigts dans mon assiette, pêcher une pâte, la fourrer en bouche, s'en mettre partout, tout allait bien.

Ça comptait pour moi, de le diversifier tôt. Il recevait du lait artificiel (du "faux lait" comme disait aujourd'hui une maman et je ressentais comme elle), et moi je voulais qu'on soit de nouveau un, que ce soit moi qui le nourrisse, pas Nestlé. Je sentais qu'en partageant mes repas avec lui, on serait plus proche. Mâcher pour mon enfant me paraissait soudain possible, comme si c'était donner le sein. Assis sur mes genoux, il me regardait prendre une bouchée, il a très vite retenu le déroulement: Maman prend, elle mâche, elle recrache, ce qui ressort c'est pour moi. Ma nourriture sort de Maman. (On a convenu tacitement entre mon mari et moi que, en principe, c'était moi qui donnerait à manger à notre enfant, comme si pour lui ça signifiait la même chose.)

Passer la nourriture de bouche à bouche, c'est un acte charnel, ce qui se produit est presque intraduisible.

C'est stupéfiant comme du jour au lendemain, tout s'est pacifié. Pour lui, qui ne voulait pas être alimenté, qui voulait surtout être avec nous. Pour nous, qui ne savions pas comment nous y prendre et ce qui était "juste". Pour moi, qui avais détesté cuisiner depuis toujours et qui à présent cuisine avec envie et plaisir.

2 commentaires:

  1. Mon bébé fille lorgne toujours sur mon assiette, c'est pourquoi elle mange déjà épicé et même des choses improbables pour un bébé (salicornes au vinaigre, gingembre, ail frit...).

    Le papa est heureux de voir sa bébé dévorée les préparations qu'il nous mitonne, il peut enfin la nourrir.

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  2. Pareil ici: mon fils aime particulièrement les plats épicés. Quand c'est trop fade, il fait la moue.

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