dimanche 29 août 2010

S'éloigner

Mon mari est parti ce soir pour environ douze jours.

Comment je ferai, ai-je soupiré? On a du mal pour le moment: notre enfant veut toujours être dans les bras, mais de grâce pas emprisonné dans un porte-bébé; non, il veut tout explorer: les armoires, les flacons, la cuve du wc, la poubelle, le levier pour replier la planche à repasser, les feuilles des plantes, les miettes et les mouches par terre, les araignées, l'ordinateur et tout ce qui est électronique en général; il ne veut pas être langé, il ne veut pas aller ni à la toilette ni sur le pot ni dans le siège-auto ni en bas quand il veut être en haut, ni en haut quand il veut être en bas.
Mon mari ne m'a pas répondu, il m'a juste dit que ce serait un test avant sa longue absence d'une demi-année.

Je ne m'en sortirai pas si j'essaie de résister, de tenir le coup. En endurance, j'ai toujours été nulle, j'abandonne très vite, rien que l'idée de durée me fait perdre mes moyens (au cours d'EPS, je redoutais et j'échouais toujours à l'épreuve d'endurance: courir 20 min.)

Alors aujourd'hui, je me suis dit: il y aura chaque jour, et tu pourras vivre chaque jour pleinement, vivre pleinement les moments où tu le prends dans tes bras, pleinement les moments où tu écoutes ses pleurs et ses rages, pleinement tes moments de fatigue, pleinement les moments de jeu et de rire, pleinement les moments où on se comprend, où on partage. Rien de cela ne reviendra, n'essaie pas de survoler ces douze jours, goûte-les, mange-les. Dans douze jours, ton enfant n'aura plus cet âge, ne fera peut-être plus certains gestes, autre chose aura poussé, ces douze jours ne reviendront pas. Prends-les!

J'ai laissé mon mari s'éloigner. J'étais paisible. Sur le retour en voiture, il s'est mis à pleuvoir très fort, le ciel est devenu noir, mon enfant s'inquiétait, il a pleuré tout le long du trajet sur une route que je ne connaissais pas très bien. Mais je suis restée paisible. À un moment, j'ai senti qu'il avait fait caca. Je me suis arrêtée à une station essence. Je l'ai détaché, il hurlait. Je l'ai nettoyé. Dehors, il drachait. Il est constipé depuis deux jours, je sens qu'il est mal dans sa peau. J'ai ouvert la portière, je l'ai soulevé, il drache. Mais ce n'est pas fini, il doit encore éliminer, ça sort. Je suis contente. (En portugais, la constipation se dit la "prison du ventre".)

Ces douze jours, on a programme complet. Mon enfant et moi détestons tous les deux être à la maison. J'aime sortir, voir du monde, voir des paysages, respirer l'air, marcher, conduire. Quand mon mari est là, j'organise toujours des weekends de dingue, avec plein d'activités. "C'est pas reposant, les weekends avec toi!" "Tu veux faire quoi? Glander devant l'ordinateur?"

Quand j'habitais chez mes parents - on a habité longtemps en appartement en ville - on ne restait jamais chez nous le weekend. Excursions, visites, randonnées, courses, toujours toujours bouger. Et puis, mes parents étaient toujours en partance, de toute manière. On déménageait.

C'est resté. L'envie de n'appartenir qu'à l'air, à la rue, au chemin, au voyage. (Est-ce un hasard si j'aime le portage?)


P.S. Rien à voir, mais aujourd'hui - notre fils a un peu plus d'1 an - c'est le début officiel du cododo. Avant de partir, mon mari a tourné le lit de 90° afin que le long côté soit plaqué contre le mur. Une petite mesure de sécurité qui veut dire beaucoup: avoir admis, après des mois de cododo officieux, que nous avons chez nous un lit familial.

2 commentaires:

  1. Je crois que nous avons le meme enfant...j'y ai mis une etiquette (je sais, c'est pas bien, mais ca m'a faitdu bien) de bébé aux besoins intenses. Alors j'ai capitulé et fait confiance a la vie (fracassante) qui grandit en lui : allaitement (tres) long, cododo permanent(il n'a dormi que sur moi pendant 1an et demi, pas de couches (et pas de pot non plus), tres peu de voiture (hurlements a en devenir tout bleu) et surtout, un environnement securisé et stimulent, dans lequel je n'ai pas (peu) a dire non. C'etait un bébé extenuant, c'est un enfant de 2 ans fatiguant mais qui a l'air plus heureux. Les ecrits de Maria Montessori m'ont beaucoup apporté.
    Et puis il y les coleres qui prennent aux tripes tellement elles sont violentes et frequentes. C'est tres destabilisant car je n'avais jamais vu ca avant et je croiyais que mon bébé etait fou. Mais non. Il est intense, dans tous les domaines.
    Le plus dur pour nous, c'est de trouver du soutien car je ne peux le laisser a personne, meme une demi heure et j'avoue que se ressourcer ca me ferait du bien.
    Peut etre faut il vivre en apnée les premieres années pour respirer profondement, un jour, j'en suis certaine. Bon courage a vous, et j'espere que vous trouverez des petites lumieres sur votre chemin pour continuer

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  2. C'est vrai, je n'utilise pas l'étiquette BABI, je l'évite soigneusement même si c'est tentant ... je peux comprendre que ça soulage certains parents.

    Peu importe ... je trouve magnifique comme tu ne cherches pas à réguler la personnalité de ton fils, comme tu lâches prise. Au final, je trouve ça plus apaisant pour tout le monde, même si ça demande de réaménager son environnement.

    Autant je me sens déstabilisée par ses colères, autant elles me rassurent parfois: car elles disent à la fois que je foire quelque part et que je dois me reconnecter à lui, mais en même temps, elles disent qu'il me fait confiance, qu'il n'a pas cessé de croire que nous pouvons communiquer. Il n'abandonne pas.

    Comme tu dis, le plus dur, c'est le manque de soutien. Des gens qui te disent que tu fais BONNE ROUTE. Et pas le contraire.

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