Ces derniers jours, je n'ai rien écrit, mon esprit était trop occupé, trop tourmenté. Je n'avais aucun recul, pas moyen de coller des mots, sur quoi d'ailleurs?
Ça a commencé avec quelqu'un qui m'a dit: va voir là-bas, tu verras, tu trouveras des pistes pour démêler tous tes problèmes (les problèmes que j'aborde ici).
Donc, je suis allée voir et à l'heure où je vous écris - quelques semaines plus tard - je suis encore toujours scotchée à ce que je vois, sidérée, confuse, décomposée.
C'est extrêmement brutal.
Mon mec m'a dit, regarde plus ça, ça te détruit.
Oui, détruire, c'est le bon mot: ces dernières semaines, j'ai arrêté de cuisiner, j'ai arrêté d'être heureuse.
Les gens, les femmes qui sont là-bas font mine de s'intéresser à ta situation, à ton cas. On te bombarde de questions sur ta vie. Mais pas pour te dire ensuite: oui, ton cas est particulier et unique, quelle est la réponse adéquate? Non, c'est pour te dire: supprime tout ce qu'il y a d'unique et de particulier dans ta vie et deviens comme nous. Tout ce qui est particulier est juste faux, mauvais, atroce. En fait, parce qu'on n'y pige rien. En fait, par intolérance. C'est plus facile de dire que c'est mauvais.
Alors pour appuyer leurs accusations, on vient chercher des phrases plic ploc sur mon/ce blog et on me dit: là, t'as dit ça .... mais un peu plus loin, tu dis autre chose. C'EST CONTRADICTOIRE! T'ES JUSTE NULLE ET MENTEUSE. Bon, alors pour clarifier les choses: ce blog n'est pas une déposition, ce blog n'est pas un argumentaire, c'est
un filtre
qui filtre ce qui me pèse et ce qui me réjouit et ce qui se passe. Qui laisse passer parfois peu, parfois beaucoup, JAMAIS tout.
Il n'est pas organisé.
J'ai juste envie de moins me laisser faire la leçon. Parce qu'en fait, je crois que j'ai un SENTIMENT assez juste de ce qui est ok et de ce qui n'est pas ok dans mon histoire et dans celle que j'ai en commun avec mon fils. Ça reste un sentiment, parfois les mots que je colle sur ce sentiment sont nettement moins justes, précisément parce qu'ils filtrent. Mais je suis de plus en plus convaincue que mon sentiment ne me trompe pas et me permet d'avancer.
J'ai juste envie de moins publier des démonstrations artificielles de maternité ou de maternage idéal. J'ai un problème avec les photos où tu vois une nana qui porte son enfant et elle lui montre une feuille, une fleur, un truc BEAU et PARFAIT d'un geste délicat. Trois mètres plus loin, t'as un papa de bonne volonté qui appuie, peut-être pour la trentième fois, sur le déclencheur de l'appareil photo, puis t'auras une photo PUBLIABLE. (Entretemps, ton gosse, qu'est-ce qu'il a vécu? Et toi, qu'est-ce que t'as vécu?)
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Évidemment Marie qu'il y a une mise en scène du bonheur, mais ce cliché c'est quoi ? 30 secondes de ta journée ni plus ni moins. Après vient la mise en mots qui devient exercice de style, un moment de détente après ta journée, peut-être même le seul moment de tranquillité de ta journée. D'ailleurs ta journée avec ton gosse ce n'est pas le moment photographié, c'est tout ces à côtés qui ne peuvent ni être figés ni être répertoriés. Ta journée avec ton gosse en fait elle t'appartient et fait parti du domaine privé, seul ce tout petit instant choisi et photographié sera présenté comme un instant clé, sera le moment que tu vas partager. On est d'accord que ce n'est pas sérieux, mais enfin tout dépend de ce que l'on recherche, par exemple ma vie sur mon blog c'est tant de temps par jour et je veux y présenter ça. C'est simple on choisit le sujet développé sur son blog, celui que tu as choisi est juste et fort car tu y es entière, le mien est léger et pourtant pas moins juste. Je suis contente que ton blog existe vraiment et d'en avoir une lecture privilégiée, maintenant si trop de personnes indésirables y viennent tu peux toujours déménager et choisir à qui tu donnes l'adresse. Manifestement tu as invité des gens qui n'ont rien à faire ici, éconduit les et poursuit ton travail qui m'est très utile aussi.
RépondreSupprimerJe te réponds à toi, lunatique, mais aussi à une autre copine qui a également réagi au dernier paragraphe de mon billet.
RépondreSupprimerDernier paragraphe, qui - je l'avoue - s'est faufilé dans le texte et n'a en réalité pas grand chose à voir avec le reste. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas donné de titre à ce billet, il n'avait plus d'unité.
Lunatique, tu as raison de dire que ce qu'on met sur un blog n'est qu'une tranche de notre quotidien. C'est ce que je voulais dire quand je parlais de filtre. Parfois je dis aussi que mon blog distille. C'est très bien comme ça.
Ce qui me rend mal à l'aise et que j'essayais hier d'expliquer à ma copine: est-ce qu'on se sert de l'appareil photo pour figer, retenir, préserver ce que l'on vit. Ou est-ce qu'on s'en sert pour créer cet instant, parce que ça fera une belle image, une image flatteuse de soi.
Je songe particulièrement aux "sujets obligés", par ex. la maman qui montre une fleur, la photo du pied du bébé ... ce sont des photos que tout le monde prend et moi, je me méfie ... est-ce que tout le monde flashe ou fantasme sur les pieds ou n'est-ce pas plutôt la photo attendue, celle qui va marcher?
Je ne jette pas la pierre à quiconque photographie ce genre de scène, mais moi, quand je le fais, ça me met mal à l'aise, j'ai l'impression de me trahir, de trahir mon enfant, de trahir aussi le spectateur qui n'est pas au courant de l'intention réelle.
Les moments que je vis intensément, les moments réussis, je ne les ai presque jamais photographié. Tu peux en déduire que dans presque tout ce que je montre, il y a quelque chose qui cloche.
La mise en scène du souvenir, c'est peur-être ça qui m'intéresse dans le fait de faire un blog. Se dire que cette photo ne représente pas forcément un instant précis mais plutôt un enchainements d'instants. Celui qui voit et lit le blog n'en a que quelques mots et sa propre interprétation, le reste appartient à l'auteur(e), à son propre souvenir. Je comprends quand tu parles d'imposture mais seulement pour moi ça me semble hors propos car vois-tu le fait de mettre en mots (et en images) c'est entrer dans la narration, raconter est un travail intentionnel (positif, négatif, essai de neutralité), quelque part on entre dans l'univers fictionnel. En fait on raconte une histoire de son propre quotidien en le rendant présentable au quidam :-) qui passe par là.
RépondreSupprimerAprès je comprends aussi que tu ne photographies pas tes moments réussis, ta démarche t'es propre et personnelle et contrairement à toi j'ai la nécessité d'archiver (ma mémoire est très défaillante) après évidemment je ne publie pas toutes mes photos, mais tous ces moments ne sont pas forcément joyeux (orgasme, rupture, blessure...), un jour tu auras peut-être l'occasion de lire l'annulaire de Yoko Ogawa et je pense que tu comprendras mieux où je veux en venir.
Je te met en lien une photo prise par Francesca Woodman, parce que c'est beau et parce que pour moi ça illustre où je situe la photo dans mon quotidien.
http://photonumerique.codedrops.net/IMG/jpg/francescaWoodmanOnBeingAnAngel.jpg
(Je me rends parfaitement compte que je ne suis pas très claire)
Oui, oui, oui, pleinement d'accord sur la mise en scène du souvenir, sur la narration.
RépondreSupprimerMais au dépens de qui?
Je trouve qu'on n'est pas pour autant libre de dire ou de montrer n'importe quoi, surtout quand il s'agit d'une autre personne, en l'occurrence son enfant.
Est-ce que je me sers de mon enfant pour dire/montrer quelque chose - contre son gré éventuellement? Oui, je me rends compte que je l'ai fait plusieurs fois.
Et puis il y a des mises en scène qui cachent la véritable nature de ce qu'on crée, qui cachent la mise en scène justement: les photos où tu fais genre il y a pas de photographe, mais bien sûr qu'il y en a un, et non, tu n'étais pas seule dans la nature. Mais sur la photo, c'est toi perdue dans un champ de blé. On cadre, on construit pour effacer ce qui perturbe ...
Je ne suis pas contre le fait de photographier ce qui est réussi et véritablement vécu. C'est juste que comme je le vis vraiment, j'oublie souvent de l'enregistrer. J'aimerais m'offrir bientôt une caméra, afin de résoudre ce problème. Puis aussi pour ne pas rester sur une image figée, unique, sélectionnée.