mardi 1 février 2011

Tu iras où tu voudras

Aux parents qui croient que la crèche rend leur enfant sociable. Aux parents qui croient que l'école est indispensable pour apprendre à vivre en société. À tous ceux qui s'inquiètent pour les facultés de sociabilisation de mon fils qui est toujours avec moi, de jour comme de nuit.

Merci de m'épargner à l'avenir cette perversité qu'est la culpabilisation des parents qui s'occupent de leur enfant en vue de se donner bonne conscience parce que soi-même, on ne le fait pas.

Avec Monsieur mon Mari, on a pas mal discuté de ce que nous souhaitons pour notre fils quand il sera en âge d'être scolarisé. Et clairement, ce que je ne lui souhaite pas, c'est de l'être. Mon mari, ouf que, est ouvert à la discussion. Il se méfie de l'école pour d'autres raisons que moi. Lui, il est ultra-sociable, tous les contacts lui réussissent, mais il ne supporte pas le formatage de la pensée à l'école. Enfin, ça, c'est un autre sujet (quoique ...). Moi, je déteste l'école, parce qu'elle sociabilise mal.

Alors, primo: l'école est un lieu de sociabilisation parmi d'autres. Pas d'exclusive. La famille, les amis, la rue, les commerces, l'internet, tout ça, ça sociabilise aussi.
Et quand on vit dans un trou perdu sans amis, sans rues, commerçantes ou résidentielles, sans internet, on a une tendance à la sociabilisation quand même. Tout simplement parce que l'être humain est un être social. Voilà, seul, on ne survit pas longtemps. On est bien obligé de se mettre en bande pour bénéficier du soutien des autres, donc on cherche de la compagnie.

La première compagnie qu'un enfant recherche, c'est celle de sa maman, celle de ses parents.

Nous, on a décidé qu'on allait la construire, cette compagnie, pas faire semblant, et donc on a retiré bébé de la crèche. C'était le début d'une aventure merveilleuse. Je ne regrette pas.

Un bébé qui voit ses parents de 6 à 7 h le matin, et de 6 à 7 h le soir, n'est pas sociabilisé comme il en aurait besoin, c'est tout.

Il est sociabilisé autrement, cependant: entre quatre murs et des tas de jouets, sous l'œil vigilant et contrôlant de dames dont on ne demande que ça: surveiller! Parfois, j'essaye de m'imaginer 8 h, 10 h d'affilée, dans une pièce, sans en sortir. On me dit qu'il faut que je dorme. On me met de la nourriture en bouche, peu importe si j'ai faim ou pas. On nettoie mes fesses quand on y pense. Non ... c'est dégueu, mais c'est ce qu'on a fait subir à notre enfant pendant huit mois.

Rien ne change plus tard: l'enfant est assis 8 h dans une salle, sous l'œil contrôlant et méfiant d'un professeur. Avec la méchanceté des autres enfants en plus.

L'école m'a délivré de beaux bulletins, mais l'école m'a rendue asociale. J'étais pas bien fringuée, je n'étais pas appréciée. Aucun garçon n'était amoureux de moi. Il a fallu que je devienne une vraie salope pour me faire quelques camarades. Que je médise. Que je me vante. Que je vole. Que je sèche les cours. Que je mente. Que je frappe. Tout ça pour pas grand chose, d'ailleurs. Puis, à la maison, rien ne fonctionnait non plus.

Je ne veux pas faire croire à mon fils que cette sociabilisation-là, celle qui apparemment nous prépare à la vraie vie (parce que la vie ne fait pas de cadeau, hein!), est obligatoire, qu'elle est la seule voie possible. L'enfance et la jeunesse ne doivent pas être un calvaire.

Je crois que la vie est remplie de cadeaux. Je crois qu'on en reçoit, je crois qu'on peut s'en offrir. Je crois qu'il y a aussi plein de choses horribles, des souffrances, des peines, des déceptions. Mais s'il est vrai que l'on apprend et que l'on grandit aussi dans la souffrance, qu'apprend-t-on de BON dans la souffrance? Rien de bon, ou si peu.

3 commentaires:

  1. Je te suis sur de nombreux points, la crèche et l'école ne sont pas plus sociabilisant que de rester au contact de ses parents à la maison, dans les espaces extérieurs.
    C'est terrible de penser que la sociabilisation d'un enfant vient forcément de sa mise en collectivité, alors qu'avant tout elle vient de la personnalité même de l'individu et de son éducation parentale. Le modèle ultime pour l'enfant reste le parent.
    Tu sais la grande majorité des professionnels de la petite enfance pensent que le nouveau-né à sa place en collectivité...
    Ce concept de collectivité est une notion vraiment récente, en effet, elle est apparue avec l'industrialisation, avant cela, l'enfant était soit avec sa mère, ou avec une nourrice, et l'idée de sociabilisation n'existait pas car c'est un mythe moderne !

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  2. - MERCI -
    Je suis de ce même avis, et à ce propos, je ne saurais que trop conseiller la lecture de "De l'Éducation" de Krishnamurti ;o)
    Au plaisir! KeïKo.

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