dimanche 20 juin 2010

Masse-masse

Je ne suis sûrement pas la plus habile pour masser. D'ailleurs je ne masse guère, ni les autres ni moi-même. Ça demande trop de concentration, trop d'efforts, c'est fatiguant.

Masser, dans ma famille, ça se faisait de temps en temps. Je me souviens que ma mère me massait parfois le dos, ma sœur aussi, elles s'y prenaient bien, c'était détendant, c'était efficace. Elles faisaient ça en silence. Mon père aussi nous a massées l'une ou l'autre fois, parfois quand on le suppliait, parfois quand il était généreux et qu'il se sentait l'envie de masser toute la famille. Malheureusement, on s'en serait bien passé, car ses massages duraient 30 secondes top chrono et ses doigts effleuraient à peine la peau. Lui-même est d'ailleurs très chatouilleux et supporte mal qu'on lui malaxe la plante des pieds.

Oui, on se massait aussi les pieds dans ma famille. "On" ... enfin, je ne massais jamais personne.

Maintenant, c'est mon homme qui me masse. Tous les soirs ou presque. Les épaules, la nuque, les omoplates, les lombaires, le coccyx. Bizarrement, il aime me masser une zone du dos où je ne ressens nullement le besoin d'être massée, mais je pense qu'il projette sur mon dos ses propres sensations car quand il arrive - exceptionnellement - que je le masse - un peu -, c'est toujours à cet endroit qu'il souhaite être soulagé.
Il me masse aussi les pieds et utilise un échantillon de baume reçu dans une para-pharmacie.

Tous les soirs: "... silteuplê" "Ça va, j'ai compris: masse-masse!"

Avec lui, le masse-masse a toujours lieu en parallèle à une autre activité, lire en général, parfois surfer, parfois discuter ... Un film est toujours accompagné d'un masse-masse petons.

Quand il me masse le dos, je dois souvent le rappeler à l'ordre: "Plus fort!" "Plus bas!" "Tu n'as pas encore fait les épaules!"

(Oui, mon mari a une patience infinie!)

Quand il me masse les pieds, tout est parfait, il s'y prend vraiment très bien et ne radine pas sur le temps (20 minutes par pied).

Et puis, bébé est arrivé. Nous ne l'avons pas massé nouveau-né. Il nous paraissait encore si fragile. Et nous n'y avons probablement pas songé.

Et puis, un jour, j'ai essayé. Sans faire de grands plans. J'avais lu quelques jours plus tôt Shantala de Frédérick Leboyer et ce monsieur m'avait fait comprendre tout le bien que cela peut procurer et combien nous avons besoin d'être touchés avec bonté, avec application (Pauvre fille, t'aurais pu t'en rendre compte plus tôt, tu ne crois pas?). Au moment même, je n'avais aucune envie de ressortir le livre pour suivre le pas-à-pas décrit par Leboyer. D'ailleurs, les conditions n'étaient pas celles recommandées dans le livre: ce n'était pas le matin, je n'étais pas assise à même le sol, bébé n'était pas nu. Mais il avait été en grande colère ce jour-là, alors je l'ai couché sur le lit, je me suis assise en face de lui, en tailleur. Et sans que cela ne me paraisse un effort surhumain ou une tâche désagréable, je me suis mise à masser son corps.

Le thorax, l'abdomen, les jambes, les bras, la nuque. Parfois, mes gestes le chatouillaient. Alors, j'interrompais, je passais à autre chose. J'ai appris à éviter son visage: il se met à rire, il attrape mes mains et les retire, il se roule sur le côté. Un jour, il s'est tourné et est resté couché sur le flanc: j'ai continué de le masser, et petit à petit ses yeux se sont fermés et il s'est endormi.

Parfois, j'accompagne mes gestes de chansons. Comptines ou chansons traditionnelles, mais plus souvent des chants que j'improvise, des litanies: "Tes poumons s'ouvrent, tes poumons s'ouvrent, respire longuement, respire longuement ..." Je répète chaque phrase pour me concentrer sur ce que je dis, pour trouver les gestes qui l'accompagnent, mais aussi pour me laisser le temps de trouver la prochaine phrase.

J'aime ces moments où le temps n'est pas mesuré, où nous recherchons le calme et l'apaisement à deux.

Parfois, je te pose juste sur mes cuisses, je relève tes jambes et les appuie contre mon ventre et je ne fais rien d'autre que poser mes mains sur tes poumons, pour chaque poumon une main. Puis, je te berce doucement, et je chante ...

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