Avant que je ne sois enceinte et aussi un peu après la naissance de mon fils, je portais un regard condescendant sur ces jeunes mamans qui ne parlent que de leur maternité et surtout qui semblent ressentir un besoin irrépressible de se rencontrer (pour parler de leur maternité): cafés-parents, rencontres Leche League, forums. C'était aussi l'avis de ma maman et de ma sœur. Durant ma grossesse (surtout au début), j'ai donc soigneusement évité d'aborder ce sujet dans les conversations, et quand on me demandait comment se passait ma grossesse, je répondais avec un grand sourire et m'empressais de parler d'autre chose.
J'ai lu Laurence Pernoud et je pensais avoir épuisé la question (plus tard, lorsque j'ai eu des difficultés à allaiter, je me lamentais: "Et pourtant je me suis tellement préparée, j'ai lu tant de choses sur l'allaitement!")
Puis, il est né.
Puis les débuts étaient durs, fatigants, je regrettais, je craquais.
Ici, la naissance tient en une ligne. Je ne me suis pas sentie mère tout de suite, seulement plus tard, et ce plus tard, c'est un peu MA date - personnelle, privée - d'accouchement: le 10 décembre 2009.
Je suis devenue mère le jour où j'ai choisi MON chemin et où j'ai décidé que dorénavant ce serait ainsi: je lis la carte, je détermine mon itinéraire, je marche. Ce jour-là, j'ai rompu beaucoup d'attaches, exactement: on se touche encore, mais je ne veux plus être ligotée. Ligotée par ma soumission à ma mère et à ma sœur, à d'autres femmes que je craignais, dont je craignais le mépris, les menaces, le chantage.
J'ai dit adieu au mépris, et subitement il y avait de la place dans ma vie pour ouvrir de nouveaux livres et aller à la rencontre de nouvelles femmes.
Je ne suis pas entrain de résumer cette réorientation. Elle s'est véritablement produite ainsi, de façon condensée. Ma maman était sur le point de rentrer chez elle après un bref séjour chez moi. Elle pliait ses bagages et moi, dans la pièce d'à côté, j'envoyais un message à une femme que je n'avais jamais vue (mais dont je savais que je voulais l'avoir dans ma vie et qu'elle compterait beaucoup pour moi). J'ai dit à ma maman: "Quand tu seras partie, j'irai la voir". (La réponse de ma maman, c'était son expression du visage, toujours la même quand je fais quelque chose qui lui déplaît: ça ne me concerne pas.) Quelques heures plus tard cette femme et moi faisions connaissance et je l'ai tout de suite aimée.
Je dois reconnaître que MON chemin menait, mène et mènera par internet. MON chemin me guide vers des femmes qui y exposent sans tabou leurs vies, leurs passions, leurs choix, leurs talents. Qui acceptent de se laisser toucher, blesser, pourquoi je ne sais pas: impensable qu'elles puissent se sentir aussi isolées que moi!
Dans la rue, je ne vous aurais jamais approchées: on ne se ressemble pas. Et puis vos choix étaient si diamétralement opposés aux miens. De loin, enfin par écrans interposés, je pouvais vous observer à loisir, regarder par le trou de la serrure ce que ma mère m'avait défendu (des couleurs criardes, des tatouages, des mots vulgaires) et, en passant, m'indigner de vos idées et pratiques fantasques, puis y réfléchir, puis les adopter. Merci vous. De m'avoir maternisée, de m'avoir enlevé mes peurs, de m'avoir révélé tant de belles choses.
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<3
RépondreSupprimerouah...
RépondreSupprimertellement vrai...
Nanou